Lettre ouverte des personnes handicapées togolaises au chômage à Faure GNASSINGBÉ

Dans une lettre ouverte poignante adressée au président du conseil, les personnes handicapées du Togo, confrontées au chômage, revendiquent leur droit à l’emploi et appellent à des mesures concrètes pour leur inclusion dans le marché du travail.

ASSOCIATION (A.P.H.D.F.T)

Association des Personnes Handicapées Diplômées ou Fonctionnaires du Togo

Enregistrement N° 0709 du 16 / 08 / 2023 Récépissé N° 0076 MATG LAC.

SGDLPAP-DOGA Tél : (+228) 91 87 27 22 / 96 72 95 28 / E-mail : aphdftogo@gmail.com Siège Social : Lomé Bè Klikame (P/GOLFE) TOGO

Lomé,le 18 juin 2026

LETTRE OUVERTE À SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRÉSIDENT DU CONSEIL

Objet : Plaidoyer pour l’organisation d’un recrutement spécial en faveur des personnes handicapées diplômées sans emploi du Togo

Excellence Monsieur le Président du Conseil,

Par la présente lettre ouverte, nous, personnes handicapées diplômées sans emploi du Togo, réunies au sein de l’Association des Personnes Handicapées Diplômées et Fonctionnaires du Togo (APHDFT), prenons respectueusement la liberté de nous adresser à votre haute autorité afin de porter à votre connaissance une situation humaine, sociale et nationale devenue particulièrement préoccupante.

Au-delà des statistiques et des rapports administratifs, ce sont des centaines de vies qui attendent aujourd’hui d’être entendues. Derrière chacun de nos diplômes se trouve une histoire de courage, de persévérance et de résilience. Pour accéder à l’école, beaucoup d’entre nous ont dû parcourir de longues distances sans accompagnement adapté.

D’autres ont étudié dans des conditions extrêmement difficiles, affrontant quotidiennement les obstacles liés à l’accessibilité, à la mobilité, à la pauvreté et parfois même aux préjugés et à l’exclusion sociale. Malgré ces difficultés, nous avons refusé d’abandonner. Nous avons travaillé avec acharnement, convaincus que l’éducation constituait le chemin vers l’autonomie, la dignité et la participation active au développement de notre pays. Aujourd’hui, plusieurs d’entre nous sont titulaires de diplômes allant du baccalauréat au doctorat.

Pourtant, après tant d’efforts, une douloureuse réalité s’impose à nous : le chômage. Plus de 300 personnes handicapées diplômées demeurent sans emploi au Togo. D’année en année, notre nombre augmente tandis que nos espoirs s’amenuisent. Excellence Monsieur le Président du Conseil, Derrière ce chiffre se cachent des hommes et des femmes qui peinent à satisfaire leurs besoins les plus élémentaires. Certains vivent dans une précarité extrême.

D’autres, malgré leur âge avancé, continuent de dépendre de parents eux-mêmes vieillissants et vulnérables. Beaucoup ne parviennent plus à se projeter dans l’avenir. Comment fonder une famille sans emploi ? Comment subvenir aux besoins de ses proches sans revenu ? Comment continuer à croire en ses capacités lorsque toutes les portes semblent fermées ? Chaque année qui passe éloigne davantage nos rêves et fragilise notre dignité. Pourtant, nous ne demandons pas l’assistance. Nous demandons simplement la possibilité de travailler.

Nous demandons la possibilité de vivre du fruit de nos compétences. Nous demandons la possibilité de contribuer au développement de notre Nation comme tout autre citoyen. Excellence Monsieur le Président du Conseil, Notre appel repose également sur des fondements juridiques solides. Le Togo a ratifié, le 1er mars 2011, la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées ainsi que son Protocole facultatif, s’engageant ainsi à garantir aux personnes handicapées l’égalité des chances et l’accès effectif à l’emploi.

Cette convention reconnaît explicitement le droit des personnes handicapées au travail sur la base de l’égalité avec les autres. Notre pays s’est également engagé dans le renforcement continu de son arsenal juridique en faveur de l’inclusion des personnes handicapées et a récemment adopté le projet de loi autorisant la ratification du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des personnes handicapées en Afrique.

Ce protocole réaffirme notamment les principes de non-discrimination, d’égalité, d’accessibilité et de participation pleine et effective des personnes handicapées à la vie économique et sociale. Ces engagements traduisent la volonté de notre pays de bâtir une société inclusive où chaque citoyen peut contribuer au développement national quelles que soient ses limitations physiques, sensorielles ou intellectuelles.

Excellence Monsieur le Président du Conseil,

Depuis près de cinq ans, nous multiplions les démarches auprès des institutions de la République. Nous avons adressé des correspondances. Nous avons sollicité des audiences. Nous avons participé à des rencontres de plaidoyer. Nous avons participé aux concours de recrutement organisés par l’État. Malheureusement, les résultats demeurent extrêmement faibles. À l’issue de nombreux concours, aucune personne handicapée ou seulement une à deux personnes sont admises. Cette situation ne permet pas de résorber le chômage des personnes handicapées diplômées et entretient un sentiment d’exclusion grandissant. Pourtant, les compétences existent.

Les qualifications existent. La volonté de servir la Nation existe. Ce potentiel humain demeure malheureusement sous-exploité alors qu’il pourrait utilement contribuer à l’efficacité de l’administration publique et au développement économique et social du Togo.

Excellence Monsieur le Président du Conseil,

Dans votre vision de développement du Togo, vous avez constamment placé l’inclusion sociale, la solidarité nationale et la justice sociale au cœur de l’action publique. Vous avez affirmé à plusieurs reprises votre volonté de construire un développement qui profite à tous et selon lequel « personne ne sera laissé sur le carreau ».

Aujourd’hui, nous vous demandons humblement que cette noble ambition puisse trouver une traduction concrète pour les personnes handicapées diplômées sans emploi. Car si quelqu’un risque aujourd’hui d’être laissé sur le carreau, ce sont ces centaines de diplômés qui, malgré leurs efforts, leurs compétences et leur patriotisme, demeurent exclus du marché de l’emploi.

C’est pourquoi nous sollicitons respectueusement de votre haute bienveillance l’organisation d’un recrutement spécial ou d’un concours dérogatoire en faveur des personnes handicapées diplômées sans emploi du Togo. Une telle mesure constituerait:

• un acte de justice sociale ; • une concrétisation des engagements nationaux et internationaux du Togo ;

• un puissant signal en faveur de l’inclusion ;

• et un investissement dans un capital humain compétent et disponible.

Excellence Monsieur le Président du Conseil,

Nous nous adressons à vous avec respect, confiance et espoir. Nous croyons profondément que votre intervention personnelle peut permettre d’apporter une réponse durable à cette situation devenue une véritable urgence sociale. Nous ne demandons ni privilège, ni traitement de faveur. Nous demandons simplement une chance équitable.

Une chance de travailler. Une chance de servir notre pays. Une chance de vivre dans la dignité. Dans l’espérance que notre cri du cœur retiendra votre bienveillante attention et qu’une suite favorable pourra être donnée à notre plaidoyer, nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Président du Conseil, l’expression de notre très haute considération.

Les personnes handicapées diplômées sans emploi du Togo Par l’intermédiaire de l’Association des Personnes Handicapées Diplômées et Fonctionnaires du Togo (APHDFT) .

PRESIDENT

DOHOU KOSSI

La rédaction

Louis LOKOU

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