Mariam Bagayoko, 88 ans, cette femme africaine continue de faire danser le temps

Au Mali, l’âge n’a pas encore eu raison de sa passion. À 88 ans, la chanteuse et danseuse Mariam Bagayoko continue d’électriser les scènes. Surnommée le Rossignol du Bélédougou, l’artiste malienne consacre sa vie à la préservation des rythmes traditionnels de son pays. Pieds nus, une ceinture de cauris autour de la taille et le yabara à la main, Mariam Bagayoko se produit toujours avec une énergie qui force l’admiration. La musique est pour elle une passion de toute une vie. Au fil des décennies, Mariam s’est imposée comme l’une des figures de la musique traditionnelle malienne et une gardienne de ce patrimoine culturel transmis de génération en génération.
À travers ses prestations, l’artiste entend préserver les rythmes traditionnels de sa région face aux transformations et à la modernisation de la musique. Née à Kolokani, à 127 kilomètres au nord de Bamako, Mariam Bagayoko a grandi dans le Bélédougou, où chants et danses accompagnent depuis toujours les travaux agricoles et les cérémonies. Elle raconte avoir appris à « chanter avant même de savoir parler », en suivant les femmes de son village lors des séances de préparation du beurre de karité.Au fil des décennies, la chanteuse a porté cette culture bien au-delà de son terroir. Elle est montée sur les scènes du Festival du Bélédougou à Kolokani, du Théâtre de l’Amitié de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, ainsi que dans plusieurs villes du Mali et de Guinée. Le 14 août dernier, elle s’est encore produite au Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ de Bamako, lors d’une soirée consacrée au n’goussounbala, le grand balafon emblématique de sa région. En 2025, son parcours a reçu une consécration internationale aux Aga Khan Music Awards à Londres. Retenue parmi les onze lauréats sélectionnés sur plus de 400 candidats issus d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Europe, elle a été distinguée pour son engagement dans la préservation et la transmission du patrimoine musical malien, notamment auprès des femmes et des jeunes filles. Officier de l’Ordre national du Mali, Mariam Bagayoko est également à l’origine du projet culturel « Tiébilentiè », consacré à la sauvegarde de pratiques artistiques traditionnelles. À travers la formation de jeunes artistes et l’accompagnement de femmes dans la pratique de la musique traditionnelle, le « Rossignol du Bélédougou » poursuit un même combat : empêcher qu’une partie de la mémoire culturelle malienne ne disparaisse avec ceux qui la détiennent.
Jérémie HENEKOU

