Catastrophes, crises et conflits : les personnes handicapées sont-elles réellement prises en compte ?

À chaque catastrophe naturelle, à chaque crise humanitaire ou à chaque conflit armé, les mêmes images reviennent : des populations déplacées, des familles séparées, des infrastructures détruites et des milliers de personnes en quête de secours. Pourtant au milieu de cette détresse collective, une réalité demeure trop souvent invisible : celle des personnes handicapées. Les discours officiels mettent régulièrement en avant une assistance destinée à « tous les sinistrés ». Mais sur le terrain, cette promesse d’universalité se heurte à une réalité bien différente. Comment une personne en fauteuil roulant peut-elle évacuer une zone dangereuse si aucun moyen de transport adapté n’est prévu ? Comment une personne aveugle reçoit-elle une alerte diffusée uniquement sous forme visuelle ? Comment une personne sourde accède-t-elle à des consignes de sécurité lorsqu’aucun interprète en langue des signes n’est présent ? Ces questions sont loin d’être secondaires; elles peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Les exemples ne manquent pas. Au Maroc, après le séisme de septembre 2023, plusieurs organisations de personnes handicapées ont appelé à une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des survivants notamment en matière d’accessibilité des centres d’hébergement, de continuité des soins et d’accès à l’information. Au Soudan, où le conflit armé a provoqué le déplacement de millions de personnes depuis 2023, les organisations humanitaires ont souligné les difficultés particulières rencontrées par les personnes handicapées pour fuir les combats, accéder aux soins de santé, obtenir des aides humanitaires ou rejoindre des sites d’accueil adaptés.Dans l’est de la République démocratique du Congo, les déplacements massifs de populations liés aux violences exposent également les personnes handicapées à des risques accrus. Les obstacles physiques, le manque de matériel d’assistance et l’insuffisance de services accessibles rendent leur quotidien encore plus difficile. Ces situations rappellent une évidence : les crises ne créent pas les inégalités, elles les aggravent. Pourtant les textes internationaux sont sans équivoque. La Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées notamment son article 11, impose aux États de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la protection et la sécurité des personnes handicapées dans les situations de risque, y compris les conflits armés, les urgences humanitaires et les catastrophes naturelles. L’inclusion ne peut pas être une réflexion de dernière minute. Les plans nationaux de gestion des catastrophes doivent intégrer l’accessibilité dès leur conception. Les systèmes d’alerte doivent être accessibles à tous. Les centres d’accueil doivent répondre aux différents types de handicap. Les secours doivent être formés aux besoins spécifiques des personnes handicapées. Enfin, leurs organisations représentatives doivent participer aux décisions avant, pendant et après les crises.Une société se juge à la manière dont elle protège les plus vulnérables. Lorsque les personnes handicapées sont oubliées dans les plans d’urgence, ce n’est pas seulement une défaillance logistique, c’est une atteinte au principe d’égalité des droits. À l’heure où l’Afrique est confrontée aux effets du changement climatique, à des crises sécuritaires persistantes et à des catastrophes de plus en plus fréquentes, les gouvernements, les collectivités, les partenaires humanitaires et les organisations de la société civile doivent faire de l’inclusion une priorité réelle et non un simple engagement de principe. Car une aide humanitaire n’est véritablement efficace que lorsqu’elle atteint toutes les couches sans distinction.

Louis LOKOU

Un commentaire sur “Catastrophes, crises et conflits : les personnes handicapées sont-elles réellement prises en compte ?

  1. Ce nouvel éditorial de Louis met en lumière avec beaucoup de justesse l’invisibilité persistante des personnes handicapées dans les situations de crise, malgré l’urgence vitale de leurs besoins. Il rappelle avec force que l’égalité de droits ne peut exister que si l’accessibilité et la participation des personnes concernées sont intégrées dès la conception des dispositifs d’urgence. Il invite enfin à transformer les engagements de principe en actions concrètes pour que chaque réponse humanitaire soit réellement pensée pour tous, sans exception. Merci Cher Louis de ton appel, de ton cri pour une plus grande égalité dans ces moments de grande détresse !

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