La cupidité : moteur de progrès ou poison silencieux?

La cupidité : moteur de progrès ou poison silencieux?

La cupidité accompagne l’humanité depuis ses premiers échanges. Elle se glisse dans les relations, dans les marchés, dans les décisions politiques, souvent masquée derrière des mots plus nobles comme l’ambition, la réussite, la compétitivité. Pourtant, elle n’a rien perdu de sa nature corrosive. La cupidité ne se contente pas de vouloir davantage;  elle exige toujours plus, au détriment de tout ce qui n’entre pas dans son calcul immédiat.

Dans nos sociétés modernes, elle est paradoxalement encouragée et condamnée. Encouragée lorsque l’on célèbre l’accumulation comme signe de succès, condamnée lorsqu’elle se montre trop crue, trop visible, trop destructrice. Le problème n’est pas la volonté de s’élever, mais la confusion entre prospérité et prédation. Là où l’ambition peut inspirer, la cupidité consomme tout ressources, relations, éthique pour satisfaire une faim qui n’a pas de fin.

Les crises économiques du dernier siècle portent toutes l’empreinte de cette avidité devenue système. Les bulles financières ne sont souvent que des récits collectifs de convoitise déguisés en opportunités. Et lorsque ces bulles éclatent, les plus cupides en paient rarement le prix, et les plus vulnérables en paient davantage. La cupidité ne produit pas seulement des gagnants et des perdants;  elle engendre des fractures sociales, un sentiment d’injustice, une érosion de la confiance.

Pourtant, l’idée d’en finir avec elle semble naïve. La question n’est pas : “Comment éradiquer la cupidité ?” mais plutôt: “Comment la contenir, la canaliser, la rendre inoffensive?”. Limiter l’accumulation déraisonnable, limiter l’exploitation, limiter l’impunité.

Il est également nécessaire de replacer la solidarité et la responsabilité au cœur du débat public. Pas pour prêcher la vertu, mais pour rappeler une évidence : aucune société ne survit longtemps lorsqu’elle laisse la cupidité devenir son principe organisateur.

La cupidité ne disparaîtra pas. Mais nous pouvons décider de ne plus la laisser gouverner. C’est moins une question de morale que de survie collective.

Louis LOKOU

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